A/ Les facteurs de la croissance

dimanche 5 septembre 2004.
 
Par facteurs de la croissance, on entend tout ce qui peut avoir un effet immédiat et quasi mécanique sur la croissance. Au premier chef, les facteurs de la croissance sont donc les moyens de production, les capacités à produire. Les facteurs de la croissance agissent donc essentiellement sur l’OFFRE de biens et services.

La quantité de facteur travail

L’accroissement de la population active est un des facteurs de la croissance.
-  démographie
-  flux migratoires
-  durée études (-)
-  âge retraite (+)
-  taux d’activité (en particulier féminin)

On observe une augmentation continue de la population active depuis 1945 dans les pays développés, mais un retournement est prévu en 2006-2008.

La contribution de la quantité de travail à la croissance économique a été significative au XIXe siècle (production intensive en main d’oeuvre). Elle est beaucoup moins importante au XXe siècle. Carré, Dubois et Malinvaud, ont même établi que cette contribution était négative au XXe siècle, la réduction du temps de travail faisant plus que compenser l’augmentation de la population active. Cependant, avec l’essor du secteur des services, la croissance de la fin du XXe siècle est redevenue plus intensive en emploi.

La quantité de capital

Si la population active n’augmente pas tandis que la quantité de capital augmente, la productivité apparente du travail augmente, et la production aussi. En effet, on produit plus avec plus d’outils.

Si la population active augmente, l’augmentation du stock de capital permettra aussi l’augmentation de la production.

Cependant, on fait souvent l’hypothèse que les rendements du capital sont décroissants : la productivité marginale du capital est une fonction décroissante du stock de capital. Sauf en cas d’économies d’échelle.

On observe dans la plupart des pays au XXe siècle que le stock de capital a augmenté à peu près au même rythme la production. Ce qui signifie que le coefficient de capital est resté a peu près constant.

Carré, Malinvaud et Dubois ont évalué la contribution de l’accumulation du capital à la croissance de la France. Sur la période 1961-1973 par exemple, sur une croissance annuelle moyenne de 5.8%, 2.2 points sont attribuables à l’accumulation du capital. D’autres études, sur les Etats Unis, montrent une influence plus limitée de la quantité de capital, qui n’expliquerait qu’un quart de la croissance observée.

L’économie tertiaire de la fin du XXeme siècle est moins intensive en capital, et il est probable que la contribution du capital à la croissance diminue.

Notons enfin que certains pays émergents, comme les Dragons d’Asie du Sud Est, ont une croissance qui dépend fortement de l’accumulation du capital. Favorisée par une épargne intérieure élevée (faible consommation), l’accumulation du capital contribue pour plus de 40% à la croissance observée. C’est cette caractéristique, jointe à l’importance de la contribution du facteur travail, qui a amené l’économiste Paul Krugman à parler d’une croissance s’expliquant plus par "la transpiration que l’inspiration".

La qualité du facteur travail

Le niveau de formation et de qualification, l’intensité du travail (motivation, cadences), et l’organisation du travail influent sur la productivité du travail. Le facteur essentiel théorisé par les économistes est la division du travail, qui, en spécialisant les individus, augmente leur productivité. Le taylorisme, du point de vue de la productivité, représente une amélioration de la qualité du travail. Du point de vue de l’épanouissement du travailleur, il représente plutôt une perte de qualité.

Les études de Malinvaud, Carré et Dubois déjà citées, concluent à un contribution de 1.2 points de pourcentage sur un total de 5.8%. A quoi il faut ajouter les choix sectoriels de la main d’oeuvre. Les phénomènes de déversement, en affectant la main d’oeuvre à des secteurs plus productifs, soutiennent la croissance.

Le progrès technique

Dans les modèles néoclassiques de croissance, le progrès technique est une variable exogène. Quand on cherche à mesurer l’impact du progrès technique sur la croissance, on en est souvent réduit à raisonner "en creux", en attribuant au progrès technique la part de croissance que les autres facteurs ne peuvent expliquer. Le progrès technique est donc assimilé au "résidu" ou "productivité globale des facteurs", c’est à dire à la part de la croissance observée qui reste inexpliquée.

Dans les premières études de Solow sur la croissance américaine, le progrès technique apparaissait responsable de 6/7èmes de la croissance. Dans les modèles ultérieurs, en introduisant plus de facteurs (qualité du facteur travail, affectation sectorielle), on a pu "réduire le résidu". Celui-ci reste tout de même élevé : de l’ordre de 50%. Les études françaises de Carré, Dubois et Malinvaud, concluent elles aussi que le progrès technique, sur le long terme, explique au moins la moitié de la croissance observée. Cette part est moindre dans les pays émergents, comme mentionné ci dessus.

Il faut sans doute mentionner, comme facteur de la croissance étroitement lié au progrès technique, la disponibilité de sources d’énergies relativement bon marché et capables de faire fonctionner les machines.

Bilan : les types de croissance

On a constaté qu’à des périodes différentes, ou d’un pays à l’autre, la croissance ne repose pas nécessairement sur les mêmes facteurs. Il est alors judicieux d’essayer de caractériser des types de croissance en fonction de l’importance relative des différents facteurs.

La croissance extensive est une croissance qui repose essentiellement sur l’augmentation des quantités de facteurs (travail et capital). La croissance intensive est due à l’augmentation de la productivité des facteurs, grâce au progrès technique et à l’élévation du niveau de qualification de la main d’oeuvre.

Dans la pratique, aucune croissance observée n’est purement intensive ou extensive, mais la croissance française des dernières années, par exemple, est plutôt intensive, alors que la croissance américaine des années 70 et 80 était extensive (faible niveau de productivité).

Quels sont les avantages et les inconvénients de chaque type de croissance ?

La croissance intensive est la seule qui repose sur un véritable progrès, et elle peut donc sembler préférable. Cependant, une croissance intensive, fondée sur un haut niveau de productivité, n’est pas forcément riche en emplois. La France, par exemple, a un très haut niveau de productivité, mais aussi un taux de chômage conséquent. La croissance intensive peut aussi n’être pas durable. L’agriculture intensive, par exemple, épuise les sols, pollue les nappes phréatiques (pesticides). Le "productivisme" (la course aux rendements) peut donc avoir des conséquences néfastes sur l’environnement. Le rôle du progrès technique est ici ambigu, puisqu’il génère des atteintes à l’environnement tout en apportant des solution. Les OGM sont probablement le meilleur exemple des débats actuels sur les effets environnementaux du progrès technique.


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