Les enjeux de la mobilité sociale

A/ Mesure et évolutions de la mobilité sociale

jeudi 11 janvier 2007.
 

La mobilité sociale consiste en le changement de position sociale des individus, soit au cours de leur vie ("mobilité intragénérationnelle"), soit par rapport à leur origine sociale ("mobilité intergénérationnelle"). La mobilité sociale est une condition de l’égalité des chances. En effet, une société où l’on ne peut pas monter ou descendre dans la hierarchie sociale, et où la position sociale des enfants dépend fortement de la position sociale de leurs parents n’est pas une société ouverte.

Idéalement, pour réaliser un égalité des chances pleine et entière, l’origine sociale ne devrait pas influencer la postion sociale des individus. On sait que ce n’est pas le cas dans la France contemporaine par exemple. Mais l’égalité des chances progresse-t-elle ? Pour répondre à cette question, il faut pouvoir mesurer la mobilité sociale.

Les différents types de tableaux

On étudie la mobilité intergénérationnelle à l’aide de tables de mobilité, qui repèrent la position sociale en fonction du groupe socioprofessionnel.

Table de mobilité (effectifs) :

Table de mobilité - 6.4 ko

-  la reproduction sociale se lit sur la diagonale du tableau.
-  Taux de reproduction sociale : total des chiffres de la diagonale / total (fin de diagonale)
-  La mobilité verticale ascendante, à gauche
-  La mobilité descendante, à droite (attention PCS artisans, agriculteurs)
-  Phrase de lecture correcte d’un chiffre : D’après l’enquête FQP de l’INSEE en 2003, 52 000 fils de cadres, âgés de 40 à 59 ans, sont devenus ouvriers.

On constate que la mobilité sociale représente environ 65% des individus, et la reproduction sociale 35%. C’est plus que ne le voudrait une situation d’égalité des chances, ou il y aurait indépendance statistique entre la position sociale des parents et celle des enfants.

Une part de la mobilité sociale observée est cependant une mobilité sociale horizontale (par ex : fils d’employés qui deviennent ouvriers). Elle n’est donc pas synomyme d’égalité des chances. On remarque aussi que les effectifs sont surtout massés près de la diagonale, ce qui nous suggère que la plupart des trajets de mobilité sont des trajets courts (par. ex, un fils d’employé devient membre des professions intermédiaires). On parle alors de mobilité de proximité.

Tableau de destinée : (renseigne sur « ce que deviennent les fils de... »)

Table de destinée - 6 ko

-  Se lit en ligne, les données sont des pourcentages,les totaux (100%) sont sur la dernière colonne.
-  Le total de chaque colonne donne la répartition socioprofessionnelle des fils. (« sur l’ensemble des fils les cadres représentent 19 %... »)
-  Calcul des pourcentages à l’aide des données de la table de mobilité : 53% (Cadres/Cadres) = (310 / 590)*100 ; 10% (ouvriers/cadres) = (304 / 2998)*100.
-  Phrase de lecture correcte d’un pourcentage : D’après [...] 53% des fils de cadres sont devenus cadres. D’après [...] 10% des fils d’ouvriers sont devenus cadres.

On constate que

Tableau de recrutement : (renseigne sur l’origine socioprofessionnelle des cadres/ouvriers...)

Table de recrutement - 6.1 ko

-  Se lit en colonne, les données sont des pourcentages, les totaux (100%) sont sur la dernière ligne.
-  Calcul des pourcentages à l’aide des données de la table de mobilité : 88% (agriculteurs/agriculteurs) = ( 252/285 )*100. 11% (employés/cadres) = ( 144/1318 )*100.
-  Phrase de lecture correcte d’un pourcentage : D’après [...] 88% des agriculteurs sont fils d’agriculteurs. D’après [...] 11 % des cadres sont fils d’employés.

En comparant les marges en % de la table de recrutement et de la table de destinée, on constate que la la structure socioprofessionnelle à la génération des fils est différente de la structure socioprofessionnelle à la génération des fils. Il y a moins d’ouvriers, moins d’agriculteurs, plus de professions intermédiaires et de cadres à la génération des fils. La structure sociale s’est donc "ouverte par le haut".

Comme la structure socioprofessionnelle a changé (pour des raisons économiques en grande partie) les fils d’agriculteurs ou d’ouvriers ne pouvaient pas tous rester agriculteurs ou ouvriers, car il n’y avait pas assez d’emploi dans ces secteurs à la génération des fils pour les accueillir tous. A l’inverse il n’y aurait pas eu assez de fils de cadres pour occuper tous les emplois de cadres nécessaires à la génération des fils. Il a donc bien fallu recruter des cadres parmi les fils originaires d’autres groupes socioprofessionnels. On parle, pour désigner cette mobilité sociale imposée par les changements de la stucture des emplois, de mobilité structurelle :

Mobilité structurelle : mobilité minimale imposée par les changements de la structure socioprofessionnelle.

Mobilité nette : mobilité qui ne dépend pas des évolutions de la structure socioprofessionnelle. Elle est considérée par certains auteurs comme la mesure de l’égalité des chances.

Mobilité nette : Mobilité brute(observée) - Mobilité structurelle

Dans la mesure ou cette mobilité est en quelque sorte "contrainte", il y a débat pour savoir si sa progression correspond à un progrès de l’égalité des chances. Traditionnellement, les évolutions de la mobilité nette étaient considérés comme les meilleurs indicateurs de l’évolution de l’égalité des chances. Cependant, on préfère aujourd’hui utiliser un autre indicateur de la mobilité sociale appelé "fluidité sociale". Cet indicateur compare la mobilité observée à la situation d’indépendance statistique des positions, tout en éliminant l’effet des changements de la structure socioprofessionnelle.

Les évolutions de la mobilité sociale

La mobilité sociale a progressé depuis 1953

19531970197719851993
Mobilité des hommes49,360,062,363,564,9
Mobilité des femmes52,463,869,576,177,1

Champ : Hommes et Femmes actifs, ayant un emploi, de 35 à 59 ans dans un découpage en huit catégories.

Le bilan est moins favorable depuis une dizaine d’années (on ne dispose pas encore des données concernant les femmes) :

197719932003
Taux de mobilité57,065,364,7

Champ : Hommes actifs ayant un emploi, ou anciens actifs ayant un emploi, de 40 à 59 ans dans un découpage en six catégories.

La mobilité observée a cessé de progresser durant les dix dernières années, elle a même légèrement régressé mais de manière non significative.

La part de la mobilité nette dans la mobilité observée a elle aussi diminué.

en % 197719932003
Taux de mobilité5765,364,7
dont mobilité structurelle (en points)202225
dont mobilité nette (en points)374340

Champ : hommes actifs ayant un emploi ou anciens actifs ayant eu un emploi, âgés de 40 à 59 ans en 1977, 1993 et 2003.

Il s’ensuit que la mobilité nette a diminué depuis 1977. A quoi cela peut-il être dû ? Stéphanie Dupays ("En un quart de siècle, la mobilité sociale a peu évolué", dans Données Sociales, 2006) explique cette évolution par une diminution de la mobilité professionnelle (intragénérationelle). Par exemple, 40% des employés interrogés en 2003 sont dans la même position professionnelle que lorsqu’ils ont débuté (contre 30% en 1993). Cette moindre mobilité professionnelle est due à un contexte économique moins favorable.

Cependant la mobilité nette n’est sans doute pas la meilleure mesure de l’égalité des chances. La fludité sociale est sans doute un meilleur indicateur. Les travaux de Louis André Vallet démontrent que la fluidité sociale a progressé depuis 1953, à un rythme moyen de 0,5% par an. Ce sont des résultats encourageants, mais la progression est tout de même assez lente. Plus préoccupant, la fluidité sociale a cessé de progresser sur la dernière décénie.

Il est cependant trop tôt pour en conclure à un vrai retrournement de tendance.


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